Photographie en hiver.

 

Les difficultés de la prise de vues en extérieur

La prise de photographie, qu’elle soit en intérieur ou en extérieur, est soumise à de nombreuses contraintes que l’on peut souvent facilement surmonter en intérieur mais qu’il est bien plus difficile de contourner lorsqu’il s’agit de photographier en extérieur : conditions climatiques et surtout luminosité rendent souvent délicate la réalisation d’une image correcte.

Etienne Heymann Photographe de Nancy sous la neige
Place Stanislas

L’hiver arrivant, de nombreux amis m’ont demandé des conseils en tant que photographe professionnel pour réussir des images par temps de neige.

Les photos de Nancy présentée ici ont été faites l’année dernière (2010) , la saison actuelle n’ayant (pas encore) permis de renouveler ce reportage photographique.

 

Encore plus que la plage, la neige est un environnement délicat pour la prise de photo car elle reflète intensément la lumière. Le neige oblige ainsi le photographe professionnel comme le photographe amateur à soigner l’exposition tout en maîtrisant parfaitement la balance des blancs. Les appareils modernes proposent toutes les options nécessaires au traitement de ce genre de photographie. Par ailleurs il serait dommage de se priver des multiples possibilités qu’offrent les paysages enneigés : éléments isolés au milieu de grands espaces immaculés, jeux d’ombres et de lumières, panoramas modelés, ainsi que tous les joyaux que peut offrir la nature à la montagne comme des cristaux, du givre et autres gouttes scintillantes. Autant d’occasions de redécouvrir toutes les subtilités des réglages manuels pour obtenir une image digne d’une œuvre d’art.

Bien maitriser les indications de la cellule de l’appareil photo 

Le premier écueil dont doit se méfier le photographe ce sont les réactions de la cellule : composée de surfaces parfois extrêmement claires, voire éblouissantes, la scène de neige risque de perturber la cellule qui va alors chercher à réduire l’arrivée en masse de toute cette lumière. La cellule est alors tentée de compenser soit par une vitesse excessive soit par une fermeture trop importante du diaphragme. Dans les deux cas la photo obtenue sera sous-exposée, la neige ne sera plus immaculée et scintillante mais terne et grisâtre, ce qui n’est pas souhaitable, surtout si l’on est photographe professionnel.

La cellule de l’appareil photo transforme en fait le paysage en valeurs monochromes, enregistre les variations entre les différentes zones afin d’établir une comparaison avec une valeur moyenne de gris pour laquelle elle est réglée.Trompé par cette avalanche de blanc, le posemètre aura tendance à rapprocher le blanc de la neige d’un gris neutre, d’où la sous-exposition, la grisaille et les ombres bouchées. En fait la mémoire de l’appareil dispose d’un échantillon, plus ou moins large selon les modèles, de situations prédéterminées : la richesse et la variété de ce stockage déterminent le potentiel du boîtier. La cellule tombant immanquablement dans le piège de la luminosité il convient dans cette situation de surexposer (environ 1 à 2 EV)  afin de  redonner au paysage photographié sa luminosité originelle. L’abréviation EV désigne la valeur d’exposition (Exposure Value en anglais), c’est cette valeur qui définit le réglage vitesse/diaphragme. Il existe deux moyens pour tromper la cellule de 1 ou 2 EV : soit passer en mode manuel et suivre les instructions affichées dans le viseur, soit opter pour la correction automatique d’exposition de la photographie. La solution manuelle est bien sûr plus fine et la plus souple puisqu’elle laisse le choix entre diminuer la vitesse ou augmenter l’ouverture du diaphragme,  ce mode manuel présente cependant l’inconvénient de devoir toujours obliger à rechercher la luminosité de départ. Presser le bouton « correction automatique » est bien sûr plus rapide mais doit être renouvelé pour chaque photographie, ce que l’on oublie parfois. Chacun optera donc pour le réglage, automatique ou manuel, qui convient à ses habitudes de photographe.

Si vous désirez photographier en contre-jour, pour un portrait par exemple, il conviendra de déboucher les ombres avec le flash, celui-ci pouvant par ailleurs servir, pour le photographe professionnel ou amateur éclairé et créatif, à donner du relief à l’image en figeant les flocons de neige par exemple.

 

Photographier du ‘blanc’

Le second écueil auquel peut être confronté le photographe dans cette situation de « grand blanc », c’est la balance des blancs justement. Les images de neige bleutée ont il est vrai un certain charme, du moins lorsqu’il s’agit de l’effet recherché, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas. Pour éviter ce résultat involontaire et donc non maîtrisé, il faut essayer autant que possible de se débarrasser des dominantes non désirées, qui ne sont pas seulement les bleues d’ailleurs car la couleur de la neige n’est pas toujours identique, elle change en fonction des conditions climatiques, de la température ou de la couleur du soleil par exemple. Ainsi lorsque le soleil est bas la neige présente des tons rosés, alors qu’elle devient blanche puis prend des tons de bleu lorsque le soleil est à son zénith ; en outre ce ton bleuté apparaît également dans les ombres ou encore sous un ciel couvert. Du point de vue scientifique ces changements de couleurs s’expliquent par le fait que les rayons du soleil perdent de leur énergie en traversant la couche atmosphérique, les grandes longueurs d’ondes, c’est-à-dire les rouges et les verts, sont particulièrement touchées par cette altération, ce qui provoque en contrepartie une surabondance de bleu. Comme la nature est bien faite l’œil humain se règle automatiquement et ne remarque pas cette nouvelle dominante. Par contre le capteur d’un appareil photo est beaucoup moins indulgent avec ces changements et il va restituer ce qu’il perçoit par rapport à une référence absolue de blanc à D50.

Pour remédier à ce problème et redonner à la neige son aspect immaculé, il convient d’éviter la balance automatique des blancs car le résultat peut s’avérer aléatoire et peu précis. Pour photographier en exposition ensoleillée il conviendra de régler logiquement la balance sur la position « ensoleillée » (soit 5200 K) alors qu’en situation plus ombragée l’appareil devra être réglé tout aussi naturellement sur « nuageux » (6000K) pour contrecarrer une éventuelle dominante bleue. Néanmoins c’est avec une balance manuelle que l’on obtiendra les meilleurs résultats, avec des réglages plus fins et des effets plus subtils pour un cliché plus élaboré.

Qu’il soit manuel ou automatique, aucun réglage ne garantit un parfait équilibre des zones directement éclairées, et de celles qui le sont par réflexion, en effet l’amplitude chromatique est bien trop importante. Néanmoins tous ces réglages permettront de « limiter les dégâts » et d’obtenir une image satisfaisante du point de vue du photographe professionnel. Photographier en rafale et en format RAW est une solution qui permet de retoucher ses clichés en toute tranquillité pour obtenir la photographie désirée.

Il est également judicieux de s’interroger sur les UV, surtout si l’on est en altitude car si l’air constitue un premier filtre naturel celui-ci est plus rare en altitude et donc ce filtre est moins efficace et laisse le champ libre aux rayonnements ultraviolets. Pas d’inquiétude cependant car les objectifs des appareils modernes possèdent tous des traitements anti-UV. Pour protéger davantage la lentille frontale vous pouvez néanmoins utiliser un filtre anti-UV spécifique.

Evidemment photographier un paysage de neige la nuit devient plus délicat ….

Attention au matériel photo 

Si vous projetez d’aller photographier les paysages de montagne n’oubliez pas que les batteries n’aiment guère le froid, aussi si vous prenez la sage précaution d’en emmener deux, gardez la batterie de secours non pas dans un sac mais au chaud contre vous dans une poche de votre blouson, elle ne s’en portera que mieux et sera parfaitement opérationnelle, au maximum de ses capacités, lorsque vous en aurez besoin.

L’électronique de manière générale n’aime pas non plus l’humidité, des champignons et des moisissures peuvent ainsi se développer dans les objectifs. De retour de votre expédition ne vous précipitez surtout pas sur votre matériel pour sortir la carte mémoire et vous mettre au travail : vous risqueriez de provoquer un choc thermique qui pourrait à terme endommager votre appareil. Mieux vaut au contraire laisser reposer votre sac, fermé, et le laisser s’adapter à la température, un peu comme les poissons dans leur nouvel aquarium, cela  limitera grandement les risques de condensation. Il est également toujours nécessaire de bien ventiler et d’aérer le matériel photographique et les sacs de transport.

Etienne Heymann Photographe de Nancy sous la Neige
La basilique Saint Epvre



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