7 conseils aux photographes  (à lire aussi par les clients !)

 

J’étais dans une démarche de réflexion. J’avais le désir de donner aux personnes qui recherchaient un photographe pour immortaliser leurs moments précieux quelques conseils pour bien choisir celui qui les accompagnerait.

Je ne voulais surtout pas être trop pontifiant, ni m’ériger en modèle car je pense être bien loin du photographe « idéal » tel que l’on peut se l’imaginer. Un peu comme le photographe professionnel d’autrefois, celui qui semblait « dompter » une foule d’invités, tous alignés bien droits : les enfants assis par terre, les plus petits debout, les plus grands derrière et s’il le fallait, d’autres encore debout sur des bancs encore plus en arrière. Au milieu, bien au centre, les mariés. Et le photographe comme un grand metteur en scène ou un chef d’orchestre, qui demandait à chacun de faire son plus beau sourire et qui se cachait sous le drap noir et qui…. enfin appuyait sur le déclencheur pour prendre la photo de la noce.

Comment je le sais ? Et bien j’ai vu de nombreuses photos jaunies datant de la fin du 19ème ou du début du 20ème siècle, photos gardées précieusement dans des albums ou des « valises de photos de famille« . En-dehors des noms des mariés, la plupart de ces visages d’autrefois n’avaient plus personne pour les reconnaître, leur redonner un nom, les situer dans la lignée. Mais qu’importe ! Ils étaient, ils sont toujours là pour celui qui va les regarder et ils continueront d’exister tant qu’il y aura des regards pour s’interroger.

 

Bref, j’ai réalisé – à ce stade de ma réflexion – que l’important n’était pas le photographe car les seuls qui « impressionnent », ce sont les acteurs de ce jour sans pareil. Et quand je parle d’impressionner, je lui rends sa signification première.

Car effectivement, ce mot « impression » est un terme photographique. L’impression, c’est laisser une empreinte. Et en l’occurrence, ceux qui marqueront de leur empreinte ce jour précieux qu’un photographe « capture », ce sont bien les mariés, le jeune Bar Mitzvah, les bambins, le couple qui s’engage, les époux comblés par une grossesse... Ce sont donc bien eux les héros du jour, ceux par qui le moment précieux existe.

 

Je tournais toutes ces idées dans ma tête en me demandant comment j’allais concilier cette prise de conscience avec la page que je voulais écrire : cette page de conseils pour aider ces personnes mises à l’honneur à bien choisir leur photographe.

 

Et puis, tant qu’à faire, pourquoi ne pas partir de mon vécu de photographe ? Des moments merveilleux que j’ai pu vivre en photographiant ces « instants de vie – instants précieux » dans des synagogues, des églises, des maternités, des salles des fêtes à Nancy ou ailleurs, des parcs ou des sous-bois ? Partout où voulait bien s’exprimer l’amour et surtout où des personnes me faisaient confiance et me permettaient d’être le témoin privilégié de ces instants en acceptant d’être « impressionnées » (dans l’usage photographique du terme).

Car bien sûr nous, les photographes, nous ne sommes pas que des pantins prêts à appuyer sur le déclencheur de notre appareil photo dès qu’un beau sourire se présente. Il nous faut entrer en osmose avec le sujet photographié et cela, on ne l’apprend pas lors de la formation professionnelle. Au contraire, on nous dit souvent de rester en retrait des émotions pour – en quelque sorte – garder la tête froide et un oeil extérieur pour mieux saisir les moments importants de la cérémonie ou du moment photographié.

Aussi ai-je compris que je me fourvoyais : ce sont les photographes qui ont besoin de conseils pour être dignes de la confiance qui leur est donnée, pour ne pas risquer de passer à côté du seul élément tangible qui restera une fois que la fête sera terminée : les photos et les albums qui se transmettront de génération en génération.

Les souvenirs, les émotions resteront à jamais gravés dans le coeur et dans l’esprit de ceux qui ont participé à ce moment de vie. Mais qu’en sera t-il des enfants, petits-enfants et descendants qui naîtront de ce couple qui vient de se marier ? De ceux de ce jeune Bar-Mitzvah qui a vécu une étape importante sur le chemin de sa foi, de sa vie ? De cet enfant puis de cet adulte qui regardera le ventre maternel arrondi dans lequel il s’est épanoui ? De ceux qui n’ont pas pu assister à la ‘houppa d’un couple, parce qu’ils ne pouvaient se libérer ce jour-là, ou de tous les membres de la famille  qui naîtront et qui auront envie de retrouver ces souvenirs magiques dans un album surgi du passé ?

Un passé plus ou moins lointain certes, mais qui sera relié à eux par la pérennité des émotions saisies par le photographe. Et surtout parce que même si les temps changent, les sentiments ressentis comme l’Amour, la Fierté, la Tendresse, la Complicité, l’Émerveillement, la Joie … sont de toutes les époques et font partie intégrante de l’homme depuis des temps immémoriaux.

 

Voici donc sans plus attendre 7 conseils que je pourrais donner à un photographe pour s’acquitter de la lourde tâche qui lui incombe : être à le vecteur d’un témoignage qui devra traverser les époques et traduire fidèlement toutes les émotions ressenties par les personnes concernées par ce moment précieux qui influera non seulement sur toute leur vie mais aussi sur celle de leurs descendants.

Cela paraît effrayant quand c’est énoncé ainsi, c’est pourtant le challenge à relever en tant que photographe.

 

1. Fournir un témoignage

Aussi le premier conseil que je donnerai au photographe, c’est d’avoir toujours en tête ce challenge. Il est celui à qui incombe de fournir le témoignage qu’une famille se transmettra, porteur d’un patrimoine inestimable. Le souvenir collectif qui existe dans la mémoire des personnes qui ont assisté à l’évènement (‘houppa, mariage civil ou religieux, session d’engagement, fiançailles, Bar-Mitzvah, grossesse, naissance ou moment précieux issu du quotidien…) s’estompera, se transformera, de déformera, s’oubliera mais l’album photo doit être l’élément référent. En le consultant, il permettra de restituer, intacts, les émotions et le déroulement de la journée.

Avoir conscience de cela confère une certaine gravité à cette tâche mais surtout doit redonner au photographe toute sa responsabilité.

 

2. Ouvrir sa perception émotive

Le second conseil peut paraître aller à l’encontre du premier mais il n’en est rien, bien au contraire, il devrait permettre au photographe de mieux s’acquitter de sa mission.

Car loin de considérer sa fonction avec gravité, il devra s’en alléger en s’attachant aux personnes photographiées. En ouvrant sa perception émotive, en partageant leur émoi, leur trouble, mais en gardant malgré tout suffisamment de sérénité pour appuyer sur le déclencheur au bon moment !

 

3. Savoir prendre du temps

Le temps n’est jamais compté pour un bon photographe. Ne songez même pas à vouloir mettre dans le même week-end une Bar-Mitzvah et un mariage. Vous seriez épuisé et incapable de prendre en compte le premier et le second conseil ci-dessus. De plus, cela n’occasionnerait que de la frustration de part et d’autre. Vous auriez probablement, et à juste titre, la sensation de ne pas avoir fait votre travail correctement. Et les personnes photographiées seraient sans aucun doute déçues de votre peu d’entrain et de la superficialité de votre investissement personnel.

Au contraire, c’est en prenant beaucoup de temps que vous allez en « gagner ». Il s’agit bien sûr d’une figure de rhétorique mais ce que je veux dire, c’est qu’en rencontrant à plusieurs reprises les personnes autour desquelles vous devrez faire la plupart des photos, vous serez plus attentif à leurs attentes. Vous vous renseignerez sur le déroulement de la cérémonie, vous serez à l’écoute, et tout cela vous permettra de mieux réussir vos photos.

 

4. Avoir de l’empathie

Comment communiquer et apprendre à connaître le(s) futur(s) héros de vos photos ?

Comme on vient de le voir, ne comptez jamais votre temps. Prenez rendez-vous avant la cérémonie. Comme toujours lors d’une première rencontre, qu’elle soit d’ordre sentimental ou professionnel, il y a quelque chose de l’ordre de la séduction. L’alchimie se fait ou ne se fait pas. Dans le type de relation qui doit exister entre photographe et photographié(e)s, il doit exister une sympathie réciproque. Du côté photographe, il s’agira même d’empathie lors de la prise des photographies, mais avant l’empathie, la sympathie doit être bien présente.

Lors de ce premier rendez-vous donc, apprenez à vous connaître. Vous pouvez éventuellement commencer à parler de vous si la pudeur est forte chez les personnes que vous rencontrez. Mais normalement, ils auront envie de vous parler de ce grand jour qui les attend. Car à ce moment-là, même si la rencontre à lieu à distance de l’évènement, il est déjà de toutes les conversations, dans toutes les têtes, c’est un projet émotionnellement très fort. Ce peut être un soulagement pour eux de parler à quelqu’un qui, pour l’instant, est extérieur à cette grande occasion. En discuter avec un(e) ami(e), un frère, une soeur, une mère ou un père, c’est agréable mais il n’y a pas le recul nécessaire pour pouvoir aborder toutes les pensées qui les assaillent, y compris la peur du grain de sable qui pourrait tout gâcher.

En écoutant tout ce dont ils n’ont pas la possibilité de parler avec d’autres, même si cela n’a aucun rapport avec la photographie, vous gagnerez leur confiance et ils seront beaucoup plus à l’aise avec vous quand vous viendrez les photographier.

Ainsi, une jeune mariée vous autorisera à suivre ses préparatifs chez sa maman ou chez une amie, loin de son futur époux…

Vous aurez partagé un moment important avec le jeune Bar-Mitzvah qui vous regardera avec fierté quand il portera la Torah pour la première fois…

Dans certains cas, il n’y a pas besoin de rencontrer les personnes concernées avant le grand jour mais ne vous précipitez pas pour photographier dès que vous arrivez.

Une jeune maman sera plus détendue pour vous confier la responsabilité de photographier ses rondeurs et son épanouissement si vous prenez le temps de la discussion, de boire un thé avec elle tout en l’écoutant (toujours cette écoute si importante !).

Jouez avec l’enfant, mettez-vous à sa hauteur (et donc accroupi ou assis voire à quatre pattes !) pour qu’il ne soit pas effrayé. Gardez votre appareil photo autour du cou pour qu’il se familiarise avec l’objet. S’il est assez âgé pour cela, montrez-lui comment faire une photo de son papa ou de sa maman par exemple, ou bien de vous.

Pour les bébés, le contact passe par le toucher, la vue mais il lui faudra aussi se familiariser avec votre voix (Si vous l’osez, fredonnez une petite chanson enfantine, on ne vous en voudra pas de chanter faux…)…

Tout ceci amène naturellement au conseil suivant.

 

5.Etre un ‘caméléon’

Soyez un caméléon. Oui, vous avez bien lu. Ici nous parlons à nouveau d’empathie. Comme je l’ai précédemment écrit à propos des photos des petits enfants en vous conseillant de vous mettre à quatre pattes (pas facile de prendre des photos à quatre pattes !) ou assis, tâchez d’être proche (physiquement dans le meilleur des cas c’est mieux pour photographier !) affectivement de ceux que vous allez immortaliser par vos clichés. Le temps de la photo vous projette de toutes façons en-dehors de la scène. L‘appareil photo est en quelque sorte comme un écran qui vous tiendrait à distance de l’évènement. Cela est nécessaire juste durant une ou deux secondes. C’est alors le « technicien » qui agit. Mais hormis les moments où vous serez derrière votre appareil, vous devez être partie prenante de ce qui se passe.

Cela ne signifie pas que vous allez partir dans une sarabande endiablée pour fêter la ‘houppa ni boire de l’alcool pour participer aux réjouissances ! Un photographe professionnel doit rester … professionnel. Quand on parle d’être caméléon, c’est encore une fois plus au niveau de l’empathie, du partage émotionnel…

 

6.Bougez !

Dépaysez-vous, bougez ! Cela va vous paraître incongru sans doute. Mais surtout lors de reportages ou de portraits, n’hésitez pas à vous déplacer. Photographe professionnel à Nancy, je me déplace partout en France et en Europe. Il serait dommage de manquer une occasion d’apprendre – car on apprend durant toute sa vie – et de connaître autre chose que votre quotidien de photographe de mariages ou d’enfants.

Et même si vous restez « sur place », quand vous avez l’occasion de faire des portraits ou des sessions d’engagements, sortez et partez avec les personnes. Demandez-leur quel est le lieu privilégié de leurs promenades, l’endroit où ils se sont rencontrés…

Et n’hésitez pas à vous allonger par terre pour mieux saisir leurs expressions, proposez comme un jeu de trouver des angles pour des prises de vue inhabituelles (ils peuvent être debout et s’embrasser et vous, à terre, pour prendre une photo inoubliable où l’on verra leurs visages se découper sur un fond de ciel). Jouez ! Même avec des adultes, faites les courir, faire une partie de cache-cache dans un sous-bois, ils éclateront de rire et vous prendrez des photos qui réchaufferont leurs coeurs dans leurs vieux jours. Vous pouvez également photographier leurs ombres etc. Fuyez la photo trop académique, ringarde, l’originalité est toujours gagnante quand il s’agit de « fabriquer » de beaux souvenirs car l’originalité de la prise de vue rendra toujours plus naturelles les photos et permettra aux personnes photographiées de lâcher prise, d’oublier leur retenue et votre présence.

 

7. Etre l’homme de la situation !

Au vu de tous les conseils précédents qui montrent bien ce qu’exige ce beau métier de photographe quand il est bien fait, ne soyez pas modeste !

Vous êtes l’homme ou la femme de la situation, vous avez des responsabilités importantes, vous êtes un « instrument » qui permettra une bonne transmission du patrimoine affectif de toute une famille, vous ne devez donc pas pécher par modestie.

Si vous n’êtes pas persuadé de la propre valeur de votre travail, alors qui pourra l’être ?

Mais il y a quelques conditions à réunir avant de pouvoir se passer de sa modestie.

Quand vous rencontrez des clients potentiels, montrez-leur ce que vous savez faire. Ouvrez vos albums, n’hésitez pas à parler des « missions » exceptionnelles dont vous avez été investi. Si vous avez gagné des concours, montrez-les également. Les personnes que vous rencontrez et qui, par exemple, vont se marier, vont choisir la musique de leur cérémonie en toute connaissance ; elles vont goûter les petits fours, les plats, le dessert pour mieux choisir le traiteur. Pourquoi en serait-il autrement pour le photographe ? Présentez-leur l’éventail le plus large de ce que vous avez fait pour que leur choix soit lucide et éclairé.

Il est important d’expliquer aussi que, grâce à toutes les techniques de retouche photographique, à tous les logiciels qui existent désormais, vous aurez aussi beaucoup de travail après la cérémonie. Vous travaillerez sur chaque photo de manière à en gommer la plus petite imperfection, pour que les plus beaux clichés, ceux qui composeront leur album, soient les plus proches possible de ce à quoi ils peuvent prétendre en vous choisissant.

Expliquer, montrer, avoir un discours didactique, c’est donner de la valeur à votre travail mais aussi aider ceux que vous rencontrez à prendre conscience de l’importance de leur choix. Ils ne pourront pas accepter un photographe au rabais car ce jour est un moment de vie précieux et rare. Un cadeau qu’ils se font à eux-mêmes mais aussi à leur famille présente et à venir.

Vous serez présent avant, pendant et même après le grand jour. Et à ce titre, vous ne devez pas être modeste car votre travail est valorisant, exigeant.

Mais ne décevez jamais car la déception serait à la hauteur des espoirs qui reposent sur vous. Elle serait immense et vous regretterez alors de n’avoir pas su rester modeste, ou choisir un autre métier.

 

Pour clore ce long discours qui, vous l’aurez compris s’adresse autant aux photographes qu’aux clients, s’il n’y avait qu’une chose à retenir et à vous souhaiter aux uns et aux autres : c’est de bien vous trouver. Car vous serez partenaires dans cette aventure qui marquera la vie des uns comme des autres. Enfin, sans doute plus des uns que des autres (!), mais un photographe – même s’il assiste à de nombreux mariages et cérémonies – se souvient toujours avec émotion de chacun d’entre eux. Et il en va de même pour tous les instants précieux qui se trouveront immortalisés. Ce sont des moments uniques et il ne faut prendre aucun risque. Tout doit être comme vous le rêvez. Vous en serez heureux et fier et votre photographe aussi.

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Laurent Pareau
lundi 9 janvier 2012
L'éloquence faîte homme. Bravo Etienne, excellent article.
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lundi 9 janvier 2012
Témoignage-perception-empathie-écoute-prendre son temps-technique-bouger-participer-se fondre... pour se souvenir !
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Jonathan
dimanche 8 janvier 2012
Excellent article!!! À diffuser.... ;)
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